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Bulletin Météorologique :

Le vent se lève.

Le vent se lève. Sortit le 20juillet 2013. Hayao Miyazaki.

Hayao Miyazaki souffle ses derniers mots de cinéaste à travers un ultime film d'animation. Après une série d’œuvres fulgurantes ; Porco Rosso 1992, Princesse Mononoke 1997, Mon voisin Totoro 1988, Le voyage de Chihiro 2001, l'homme à la renommée internationale, conclut son œuvre avec talent. Comme dans les autres, quoi qu'on en dise, il fait parler la nature, tisse des liens pertinents entre le réel et l'imaginaire, et joue toujours les dénonciateurs.

Le vent se lève est avant tout l'histoire d'une vie ; celle de Jiro Horikoshi. Rêveur et brillant, Jiro deviendra ingénieur en aéronautique. Hanté déjà jeune par des visions féeriques de zeppelins multicolores, il prendra le temps de rêver toute sa carrière. De manière contrapuntique l'innocence du personnage, justifiée notamment pars l'évocation de sa jeunesse, fait continuellement face à la réalité familiale et professionnel d'un jeune homme en devenir. Ce drame est inspiré d'une histoire vraie : celle du créateur du chasseur Mitsubishi A6M Zero , un avion rendu célèbre durant la guerre froide par son effroyable vitesse. L'histoire d'un jeune scientifique amoureux des avions, ces vaisseaux colorés aux formes fantastiques, et d'une jeune femme, fragile comme la vie, se mêle avec celle du Japon. Il se dessine alors une prise de conscience vertigineuse : « Le vent se lève...Il faut tenter de vivre ! » (citation de Paul Valéry) .Vivre ses rêves où rêver sa vie ? La question que pose le cinéaste résonne tout au long du film, entrecoupée par des tremblements de terre aux allures de monstres rampants et d'explosions en ruisseaux de flammes.

Là où Jiro voit des avions magnifiques aux ailes d'oiseaux migrateurs, des mitraillettes s'avèrent rapidement nécessaires. Il construit des armes.

Ce film soulève la question de la responsabilité. Cette prise de conscience est à l'image des longues cigarettes que souvent les personnages laissent se consumer entre leurs doigts habiles. Elles se glissent naïvement entre leurs lèvres. Seule la fumée qui s'en échappe est noire et brumeuse, rejoignant d'un seul trait la couleur des lourds nuages annonciateurs de tempête. Naoko Satomi est mourante, c'est la femme de Jiro, elle le laisse fumer à côté d'elle pendant qu'il reste à son chevet. Par ce simple élément formel, le cinéaste enveloppe son film de la frontière si légère qui se tisse continuellement entre plaisir et raison. Rêver rime avec fumer et le cauchemar de guerre n'est autre que la triste matérialité d'un corps qui se meurt. Ces cigarettes produisent aussi les nuages, ces voiles au-delà desquels les avions fantastiques plongent pour devenir de véritables machines de guerre. Les braises, comme des étoiles filantes en fin de course, viennent orner le paysage terrestre de tous ces humains, penchés sur leurs travaux insatiables.

Ce dernier long métrage est sans aucun doute le récit le plus mature et le plus subtil de Miyazaki. Lorsque le vent se lève c'est avec lui toute la folie des hommes, de leurs rêves les plus noirs, à ceux les plus innocents. Il y a toujours ce double niveau de perception, cette dualité des représentations.

En dessous des nuages, quand le vent se met à souffler trop fort, il apparaît du feu, des bombes noires, et ce n'est plus un cauchemar, c'est la vérité dans son affreuse nudité. La Seconde Guerre mondiale. Le personnage de Jiro est de ceux qui écoutent pensivement un air de musique flottant de la fenêtre voisine, qui s'arrête avec amour devant le troupeau de boeufs-tireurs d'avion, symbole du retard technologique du Japon, et qui ressent le vent ébouriffer sa large tignasse en plein test technique ; « Il va voler, j'entends le vent ». Il est le témoin d'une époque tandis qu'autour de lui ont s'agite presque à l'aveuglette.

Le ciel passionne Miyazaki, c'est là qu'il peint son univers fantastique qui semble sans limites, c'est là qu'il s'autorise les plus incroyables machines. Il est la toile où son monde d'animation vient se projeter (on pense à d'autres de ses films, comme dans Porco Rosso, ou Le château dans le ciel). Pour son dernier film on peut comprendre qu'il choisit d'en faire un lieu d'avenir, porteur des sciences de demain, avec ses risques et ses espoirs. Cette dernière toile n'est pas non plus sans questionner l’œuvre entière du cinéaste. Le cinéaste, du haut de ses 73 ans, raconte une partie de son enfance. Né pendant la Seconde Guerre mondiale (1941), il entend la première bombe nucléaire s'effondrer sur Hiroshima lorsqu'il vient d'avoir quatre ans. Son père est alors un travailleur acharné, il fabriquera des pièces détachées pour des avions de guerre( Nippons).

Dans ce récit autobiographique, il est question d'un jeune dessinateur surdoué élaborant des maquettes avec talents, des architectures capables de supporter ses rêves les plus fous. Même travail que d'être dessinateur. Ces « avions-nuages » emportent avec eux une foule joyeuse, entassée avec enthousiasme sur les ailes gigantesques. L'univers de Miyazaki tout entier semble saisi du doute d'avoir seulement créé du rêve pendant tant d'années, d'avoir transporté nos esprits dans la simple innocence d'un imaginaire trop métaphorique.

C'est aussi ce que beaucoup lui reproche, être tombé dans le didactisme, trop loin des féeries romanesques dont il a habitué son vaste public. C'est en partie vrai, sauf que dans ce dernier film Miyazaki semble vouloir nous dire une chose particulière ; la réalité est le fruit de nos rêves. Il n'y a pas deux mondes distincts. Garder les pieds sur terre, ne serait-ce que pour regarder s'envoler ses propres avions. Ce n'est pas un dernier volet comme un aboutissement magnifique d'une longue recherche esthétique, c'est un message audible lancé à la dérive, une leçon de vie.

L'amour reste cependant plus fort que tout, plus fort que la raison. L'amour, au loin dans la « montagne magique », est le seul refuge incontestable de tous ces hommes en désuétude. Il est bien au-delà de l'intention politique, il est raison de vivre, purement et simplement. Il soulève les parasols et, comme le souffle du vent, entrecoupe la trame dramatique de Miyazaki de plusieurs respirations. Le vent amoureux est aussi annonciateur de pluie, de foudre, de neige, mais sublime ces événements d'une beauté inexplicable. Lorsque Naoko Satomi fait de la peinture, ce sont des paysages courbés au grès des bourrasques et la nature rayonne d'une étonnante simplicité.

Une guerre, une histoire d'amour, de l'ambition et des rêves :ces éléments conventionnels (que l'on pourrait attribuer à un mélodrame) traduisent plus un besoin de parler clairement avec des éléments filmiques traditionnels qu'un manque d'inspiration.

Cette dernière épopée cinématographique est dans l'ère du temps. De l'imaginaire sans limites auquel le cinéaste avait habitué son public il ne reste qu'une intense poésie de tous les jours. Comme contraint de vouloir se rattacher au plus près de l'Histoire du monde du siècle dernier, le démiurge japonais signe dans le même trait un film clairement politique et s'adresse aux enfants de demain, quand ils auront grandi. Le vent se lève est un souffle d'espoir lancé à tous ceux capables de vivre au présent, de leurs rêves et de leurs talents. Il ne demande qu'à nous emporter avec lui.

Bulletin Météorologique: Le vent se lève.
Tag(s) : #Cinéma

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