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Critique en pdf

Artiste en partenariat avec la MC2 pour les 5 prochaines années, cet ex chorégraphe se lance dans un projet ambitieux: Faire du théâtre un instrument de commémoration au service de notre histoire collective. Regard sur les événements de 14-18 à aujourd'hui, 100 ans après.

Dans cette dernière création, Chantier 14-18, François Verret agit comme un ouvrier au service de l'histoire. La scène de théâtre prend des allures de champs de batailles où des corps désorganisés se livrent à toutes sortes de performances visuelles et sonores.

Le plateau n'est plus cet élément didactique où viennent fleurir les nobles causes de nos destins quotidiens, il est ici organique. Il est le témoin de récits éclatés, il est la marque d'une empreinte de semelle sur un manuel d'Histoire-Géographie. Ce que Verret essaye de défendre c'est cette idée du regard. Ne pas rapporter l'existence d'événements passés par un simple travail d'archive, mais montrer une autre réalité. Celle de corps marqués par le temps, bouleversés parfois, qui trouvent dans le théâtre un rôle de médiation. Ils préviennent alors des passions déchirantes qui traversent les époques, ces temps de crises inéluctables. La guerre n'est plus rédemptrice, elle est au plus profond de nous et revient hantée de manière cyclique les esprits torturés que nous sommes. Il s'agit aujourd'hui, en 2014, de comprendre ce qu'elle révèle et d'en donner une image neuve.

Ainsi semble s'articuler le discours du Metteur-en-scène. Un « processus de création » volontairement complexe quant au message à délivrer.

C'est ainsi que Jean-Pierre Drouet (célèbre dans son genre, plutôt minimale), sur le plateau, sonorise ce petit monde décharné et, entre sa console sonore et une batterie constituées d’éléments très hétéroclites, accompagne chaque personnage dans son histoire. Un rythme très expérimentale à l'image de l’atmosphère dramatique. Ailleurs c'est un combat de marionnette. Trop loin pour qu'on les voient bouger, on les imaginent se mouvoir. Elles subissent la pression d'une voix monstrueusement travaillée (Germana Civera) déblatérant sur elles un flot de paroles salaces et perverses. Un soldat en désuétude ( Jean-Christophe Paré) martel mécaniquement un sol de bois claire par de longues tiges de métal tandis qu'à coté une femme triste (Natacha Kouznetzova) se confie à nous. Plus tard elle affichera un masque de la comédiadell'arte, comme finalement perdu dans la représentation d'elle même.

En bref, le plateau aussi est en guerre. Bien qu'il ait une fâcheuse tendance à perdre toute idée d'unité et à devenir vite un vaste tableau incohérent de personnages meurtrit qui ne se regardent même plus, l'espace, à le mérite d'élargir notre champ de vision.

Partagé entre folie et onirisme, ces thèmes qui rejoignent souvent nos scènes modernes, Verret semble vouloir s'extraire de la réalité et cherche encore pour cela sa forme personnelle. Ce travail à plusieurs, en mutation constante, à le mérite de toujours être dans la recherche. La magie du théâtre c'est aussi de poser des questions en direct, et parfois, les réponses nous viennent bien plus tard.

Monique Corriveau, écrivaine Québécoise, disait « Avant de faire la guerre, on la joue », alors laissons jouer encore un peu François Verret et attendons de voir comment il la fait.

La compagnie François Verret est subventionnée par la DRAC Ile-de-France et la Région Ile-de-France. Le travail lié au Chantier 2014-2018 se poursuit en étroite collaboration avec la MC2 de Grenoble et l’IRCAM.. Son travail de recherche passera par Paris, Grenoble, Strasbourg et Edimbourgh et s'enrichira au fil des étapes.

Weiss Eloi

Image de Paul Poncet. Représentation du jeudi 16 janvier 2014 au Grand-Théâtre de la MC2.

Image de Paul Poncet. Représentation du jeudi 16 janvier 2014 au Grand-Théâtre de la MC2.

Tag(s) : #Théâtre

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