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Rédemption.


Le film commence : un enfant les yeux humides,
assiste à la naissance d'un veau. Dans le cinéma de Gomes il y a cette double sensibilité ; d'une part ce regard naïf et innocent porté sur la vie et
ailleurs cette sorte de sacralisation prophétique qu'il confère aux images.

Ce documentaire raconte quatre histoires ; des lettres que l'on entend prononcés en voix off. Quatre récits épistolaires qui se tissent au milieu d'un flux continu d'images d'archives, en 8 ou 16mm, parfois en couleur, parfois teintées de
surimpressions. Gomes c'est aussi quelqu'un qui parle au-delà des représentations. Une voiture auquel s'accoude fièrement une famille lambda devient symbole de libéralisme tandis que dans la rue un rassemblement prend l'allure d'une insurrection totale. Le récit s'articule en portugais, en italien, en français et puis en allemand. Chaque lecture est une lettre, une sorte de confession. Le film introduit le spectateur dans son intimité et ose se confier à lui.

C'est alors que l'empire colonial Portugais s'étend sous nos yeux complices, et avec lui la danse merveilleuse d'une tribu Angolaise. Le mur de Berlin nous invitent à nous promener en son long comme le fait cette famille française, bras dessus-bras dessous, au bord du canal Saint-Martin. On entend le cri d'un enfant à ses parents, le souvenir d'une histoire d'amour par un vieillard nostalgique, un homme qui avoue à sa fille ne jamais réussir à être un père, et une mariée presque noyée dans un opéra wagnérien.


Toutefois, le cinéma de ce réalisateur portugais, par delà les apparences, sait exactement où il va. Il dénonce. En générique de fin, quatre noms se forment à l'écran. Pedros Passos Colho, avec en dessous la date de la chute de l'empire colonial portugais le 21 janvier 1975, Silvio Berlusconi aux derniers spasmes de son gouvernement le 13 juillet 2011, Nicolas Sarkozy lors de sa défaite présidentielle du 6 mai 2012, et Angela Merkel, le 3 septembre 1977, en pleine cérémonie de mariage en RDA. Dès lors le film redouble d'intensité et, comme une révélation, nous invite à le
revoir différemment, à réentendre ces quatre voix. Rédemption est un constat sur le monde. Les images oscillent sur plusieurs plans, elles sont témoignages de la réalité, mais aussi simples bribes de souvenirs sur la fenêtre de nos vies.


Le cinéma documentaire c'est aussi cela ; l'art de donner un nouveau sens à ce que l'on a trop l'habitude de voir, ce que l'on ne voit plus, et ce que l'on ne voit pas.

Miguel Gomes: Cinéma politique en quête d'images.
Tag(s) : #Cinéma

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