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credit photo jean pierrre angei

credit photo jean pierrre angei

Depuis le début du Festival Regards
Croisés, les thématiques abordées étaient
variées. Compromis existentiels, mangeurs de
monde, êtres hybrides, parents indignes,
adolescents en devenir : beaucoup de noms
d'oiseaux en somme, et puis les ailes qui vont
avec. Et l'amour dans tout ça ? Le voilà qui
surgit ce soir à nos oreilles attentives,
recouvre notre vie d'un seul et même voile et
avec lui le théâtre se relativise. Il devient
complexe et insondable. Retour sur un texte
qui ne ressemble à aucun autre."


Quand on parle d'amour on commence
à savoir à quoi s'attendre, être sensible que
nous sommes depuis une éternité. Au théâtre
comme ailleurs ce sentiment sévit depuis déjà
bien longtemps. Pourtant il y a bien une
nouvelle question qui se profile ce soir : qu’est-
ce qui diffère entre cet art de l’illusion et ce
sentiment illusoire ? Existent t'ils tous deux, et
comment ? L'un comme l'autre ils semblent
avoir du mal à se définir, à s'extraire des idées
reçues, et pourtant ils sont l'essence profonde
de notre Histoire et se complètent. Le
comédien s’assigne un rôle et l’amant signe un
pacte. Les corps agissent par mimétisme et
les cœurs s'emballent. Viripaev reformule sans
sourciller ces deux ingrédients ineffables,
attaque la forme et le sens d'un seul jet, et
d'un même paradoxe reformule « ces
constantes dans le cosmos changeant. »


Autour de la table il y a quatre
personnages qui se font face : une première
femme, une deuxième femme, un premier
homme et un deuxième. Quatre locuteurs sans
histoire, ou plutôt si, une seule, celle qu'ils
nous adresserons ce soir, celle d'un jeu parfois
cabotin, parfois face-public. Ils sont comme les
premiers Hommes et, à eux quatre, se
partagent un récit d'une même voix et
reconstruisent le monde. « Tout n'est qu'affaire
de réciprocité » répètent-ils souvent. Le
théâtre se déconstruit alors comme une rose
fanée. Il n'y a plus de dialogue et pourtant ils
interagissent, il n'y a plus d'action et pourtant
le récit n'est que péripéties. Il n'y a pas
d'empathie et pourtant on les aime, il n'y a plus
d'amour et pourtant on aimerait y croire.


Le théâtre de Viripaev c'est cela, une chose et
son contraire. Un monde dur nous fait fondre
en larme quand on finit par s’apercevoir à quel
point il est mou. Notre vie de couple s'est
écoulée de manière exemplaire et puis l'envie
soudaine nous prend de nous cacher dans la
penderie et d'attendre des heures que l'aimé
vienne nous y chercher. Une soucoupe volante
est entre-aperçue durant notre folle jeunesse
et puis l'on a la certitude de vivre le reste de
sa vie dans le secret, dans le mensonge de
n'avoir rien vu. Et puis plus rien, « Albert tu
n'es qu'un vieux péteur » et personne ne croit
plus personne.


Tout est distancié, si proche et si profond. Et
au fond il n'y a pas grand chose ; l'histoire
commence par une mort, termine par une
mort, et au milieu, seulement des aveux.
Disons que ce texte que l'on surnomme
« comédie » n'est qu’illusions. Le « je »
raisonne tandis que l'on se demande encore
quel est le but du « jeu », est-ce vraiment de
gagner ? A la fin d'une vie on se demande ce
qu'est l'amour, à la fin de la lecture on se
demande ce qu'est le théâtre. Combat
désorganisé de nos passions contre une vaine
espérance ? Que dire...!


Eloi Weiss

Tag(s) : #Théâtre

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