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Un flocon n'est-il pas le produit d'une métamorphose ? Parfois douloureux, le spectacle régi par Marina Damestoy semble le reflet de cette transformation. C'est l'histoire d'un personnage qui, lentement, s'est retrouvé à la rue.

La neige, celle qui donne tant de plaisir à ceux qui d'un toit la regardent tomber, est aussi froide et oppressante pour qui vit à l’extérieur. De sa beauté blanchâtre elle recouvre les corps sans protection, sans travail, vidés de leur intégrité. Elle les dissimulent, les exclut. Pénélope Perdereau, comédienne, en est comme le personnage allégorique. C'est aussi trois femmes en une seule qui apostrophent le public. Elles nous parlent de cette descente dans la misère citadine. Il y a Antigone, Médée, Ophélie. C'est trois façons de crier au monde sa condition humaine. Insoumises, désinvoltes, et langoureuses parfois, ces trois paroles antiques cristallisent l'attention et nous figent dans une cathartique contemplation, tragique évidemment.

Le poing en l'air, sur un décor inexistant, pauvre, le corps se plaint de cet espace trop épuré. Il lui faudrait un toit, moins de bruit, du travail, un métro le matin. Le monde l'a exclu, elle, fille éduquée et de bonne famille. Le monde absurde et cruel a rendu en victime cette figure innocente.

Seulement, il fait froid dehors, confiné dans la salle de l'Autre rive le public se satisfait de ne pas être trop mouillé par la pluie qui sévit dehors. La misère de la rue est montée en partie sur scène ce soir-là, mais nous en sommes les voyeurs impuissants.

Elle attire enfin les regards des spectateurs qui hier, ignoraient avec compassion ces figures déchues. Tandis que la comédienne, un bonnet vissé sur son visage fatigué, prononce avec conviction le texte de Damestoy, le public se prépare à applaudir. « Manger moi, je ne vaux rien de plus que le poids de ma viande ! » scande-t'elle, prête à tout pour ébranler nos âmes confortables.

« La neige, cette lueur molle » qui recouvre les réverbères comme « des lunes déchues », est une méduse urbaine. La voir est un luxe, ne pas la voir est une fuite. La figure de l'Homme impuissant, livré à la ville, puni d'exister autrement, n'offre que trop peu de réponses au problème soulevé.

À la fin de la pièce, le public applaudit à plusieurs reprises, il sourit, certains enfilent déjà leur coupe-pluie, il faudra courir pour arriver sec à la voiture.

Ce spectacle est aussi destiné à être joué en extérieur, dans les rues des villes. Un support qui devrait mériter alors une meilleur réussite.

À la rue, O. Bloque.

Cie La Boîte Blanche

Vu le 4 octobre à L'Autre Rive

Critique d'A la rue, O. Bloque par la Cie La Boîte Blanche
Critique d'A la rue, O. Bloque par la Cie La Boîte Blanche
Tag(s) : #Théâtre

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